04.01.2009

Le futurisme, droit devant ?

Hier, je suis allée voir l'exposition du Centre Pompidou (curieusement) intitulée "Le futurisme à Paris - une avant-garde explosive". Curieusement parce que la majorité de l'exposition traite du futurisme en Europe. Mais une fois passée cette remarque, le fait que certaines soient un peu fourre-tout, et que mon côté archiviste fut comblé par la grande quantité de livres et documents originaux exposés, j'ai été particulièrement marquée par le texte même du Manifeste du futurisme, et par le discours sur les institutions. La raison dans le texte :

"Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires."

"En vérité, la fréquentation quotidienne des musées, des bibliothèques et des Académies (ces cimetières d'efforts perdus, ces calvaires de rêves crucifiés, ces registres d'élans brisés) est pour les artistes ce qu'est la tutelle prolongée des parents sur des jeunes gens intelligents..."

"Et boutez donc le feu aux rayons des bibliothèques !"

Tommaso Marinetti, Manifeste du futurisme, publié à la Une du Figaro le 20 février 1909

Voilà qui donne à méditer. En tout cas, cette exposition m'a ravie car je suis repartie avec mon petit tract "Place à la pioche futuriste ! Montmartre aura vécu.", extrait du Manifeste du futurisme à Montmartre de Félix Del Marle, prônant pour la destruction de la butte. Comme quoi il en faut peu pour me réjouir.

 

30.10.2008

L'expo Mantegna au Louvre

Je ne connaissais pas vraiment l'oeuvre de Mantegna avant de mettre les pieds au Louvre. J'ai donc découvert l'homme, ses influences, son oeuvre, etc. Et je dois dire que le discours qui accompagne l'exposition est fort intéressant. Le parti pris est de nous présenter l'oeuvre de Manategna de façon chronologique ; c'est très bien vu : cela permet de mettre en lumière l'évolution de son style au cours du demi-siècle durant lequel il a créé. Les panneaux pédagogiques sont clairs et synthétiques, chaque oeuvre a droit à son petit cartel explicatif, tant de choses qui rendent le propos cohérent. On notera l'influence de Giovanni Bellini, beau-frère de l'artiste dans sa peinture.

Quelques petits bémols quand même : l'exposition, déjà fort grande, n'est rendue que plus dense par cette affluence d'explications, et difficile à appréhender en une seule fois. La muséographie n'est pas toujours à la hauteur. Et peu adaptée à la foule qui afflue dans les petites salles, empêchant d'approcher les oeuvres (à moins de prendre son mal en patience). 

Dans l'ensemble, j'ai trouvé l'oeuvre gravé de Mantegna plus intéressant que ses peintures. J'ai d'ailleurs appris à l'occasion que ce serait lui, selon Vasari, qui aurait introduit l'art de la gravure sur cuivre en Italie (et je vous fais donc profiter de mon savoir tout neuf). En ce qui concerne les peintures, mention spéciale aux deux petits tableaux de Judith et la servante Abra, dans lesquelles l'artiste a su rendre l'horreur et l'intensité de l'événement représenté.

26.10.2008

Picasso et les maîtres au Grand Palais

Voilà une exposition qui, pensai-je au premier, n'allait pas me faire changer d'avis sur les grands événements organisés au Grand Palais : beaucoup de bruit pour pas grand-chose (pour rappel, quelle déception que Marie-Antoinette, qui suivait de peu celle ressentie à la visite de Courbet).

Première salle donc : propos un peu fumeux sur les influences de Picasso dans le portrait. Une enfilade de portraits d'artistes de tous temps, pas l'ombre d'une explication, ou à peu près (si ce n'est une allusion aux peintres de combat). Bref, je me demandai très franchement où allait cette exposition.

Suite de la visite : heureuse surprise ! Tout ne fut pas à l'aune de cette première salle. Certes, certaines oeuvres donnaient l'impression qu'on les avait posées là pour meubler l'espace, ou parce que le tableau tant attendu n'avait pas été prêté et qu'on l'avait remplacé au dernier moment par ce qu'on pouvait.

Dans l'ensemble donc, des rapprochements tout à fait instructifs, assez souvent heureux. Intéressant panorama du travail sur les Ménines d'après Velasquez (on regrettera que le talbeau ne fût pas prêté, et remplacé par une projection placée bien trop haut pour être vraiment visible), de l'influence de Goya ou Ingres sur les grands nus picassiens... Et j'ai pu voir pour la première fois que Picasso avait fait un travail de gravure très intéressant d'après les oeuvres de grands maîtres.

En bref : une exposition qui parfois s'égare dans de grandiloquentes phrases se voulant sans nul doute pédagogiques, mais dont le propos reste intéressant et assez bien illustré. Des tableaux tout à fait magnifiques (je pense aux Manet, en nombre, ou à la splendide Maja desnuda de Goya). A voir sans aucun doute. Même si je me suis fait une fois encore la réflexion que je ne portais pas toutes les oeuvres de Picasso dans mon coeur...

20.09.2008

Journées du patrimoine

Les journées du patrimoine à Paris, j'en ai surtout des souvenirs de files d'attentes incroyables devant des monuments publics. Cette année, grand âge et arrivée des responsabilités oblige, je travaillais. Dans des conditions pas vraiment optimales : lorsque vous partagez votre espace dédié avec une institution qui attire son monde grâce à des programmes distribués à l'avance et une bonne campagne de communication auprès de la presse, d'énormes affiches dans le hall commun, et une présentation sympathique (à savoir une sorte de démonstration de restaurations), il est forcément difficile d'attirer le chaland dans une salle éclairée à 50 lux - exposition d'oeuvres graphiques oblige - dont les vitres sont obturées par des stores tirés et dont la porte se referme constamment parce qu'il n'y a rien pour la tenir.

J'ai donc retroussé mes manches et pris des décisions graves - les responsabilités, je vous dis ! Premièrement, découper un bout de carton pour caler la porte ; deuxièmement, faire de même avec l'autre porte (puisque nous en avons une double, profitons-en) ; et enfin, sortir de l'espace d'exposition la table sur laquelle étaient posés nos flyers et nos catalogues gratuits pour créer un appel et se rendre un peu plus visibles.

Eh bien, le croirez-vous ? Ca a marché : notre public a doublé, et avait l'air satisfait. Comme quoi les petits bricolages, ça a son importance.

Demain, je vais faire un tour à l'ancienne bibliothèque nationale, histoire de voir un peu la mise en scène de l'espace pour cette journée exceptionnelle. Parce que je suppose qu'eux ne bricoleront pas des cale-porte avec des bouts de carton récupérés d'une poubelle. Histoire de voir ce que ça donne, les journées du patrimoine par une institution qui en a les moyens.

20.04.2008

Le salon du livre ancien et de l'estampe

J'y avais goûté à la Mutualité. J'y suis retournée sous la nef du Grand Palais. Quel plaisir ! De découvrir cet immense espace, que je n'avais jusqu'ici vu que de l'extérieur. De pérégriner parmi les stands regorgeant de richesse : accueillie dès l'entrée par des livres illustrés par Chagall, accompagnée dans les allées par de magnifiques affiches lithographiées du Salon des Cent, surveillée par le trait extraordinaire des estampes japonaises, appelée par d'extraordinaires reliures aux armes, à la fanfare, mosaïquées, signées de Marius Michel, et d'autres encore étourdissantes.
Le temps d'aller faire un tour au stand de la BnF, d'y (re)-découvrir le manuscrit du Temps perdu jouxtant un exemplaire de Stendhal annoté par son auteur, de s'arrêter un petit quart d'heure pour écouter la fin de la conférence sur Goya (revenant sur la dernière section de l'exposition du Petit Palais et les résonnances entre Goya et d'autres artistes comme Manet ou Redon), de refaire un petit tour dans les allées.
Et enfin l'heure de s'inquiéter des conditions de conservation, et des chocs hygrométriques que peuvent subir toutes ces merveilles le temps d'un salon...

Marie-Antoinette au Grand Palais

Habituellement, je ne m'enthousiasme pas pour les expositions du Grand Palais. L'exposition sur Marie-Antoinette ne me fera pas déroger à la règle.
Certes, on peu noter des points positifs : une muséographie des plus réussies, sachant retranscrire les fastes de l'époque - mention spéciale à la décoration de l'escalier menant à la fin de l'exposition, entièrement recouvert de reproductions de coiffures de l'époque, tout à fait saisissante - et une musique d'époque qui accompagne chaque section (quelle excellente idée de commencer par une oeuvre de Gluck).
Notons également la grande réussite de la section consacrée aux fêtes des années 1770, belles gravures, souvent aquarellées, dessins impressionnants.
Mais : cette exposition aurait sans doute gagné à cultiver le recours à l'archive comme document ressource (un peu de frustration devant les citations au mur de la correspondance entre Marie-Antoinette et sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, et de la correspondance du comte de Mercy-Argenteau, et devant si peu d'originaux) ; de plus, l'accumulation de portraits, parfois bien mal venus dans le propos de l'exposition qui plus est, mène au bord de l'indigestion. Enfin, je n'ai pas toujours compris le fil conducteur de l'exposition (citons par exemple le passage de "protectrice des arts" à "l'agent de l'Autriche" sans aucune transition.
Enfin, le propos en lui-même n'apporte rien de nouveau sur la connaissance du personnage de Marie-Antoinette, et ne répond pas à son ambition d' "éclairer sous un nouveau jour cette personnalité contrastée et fascinante".