24.03.2009

Génération MLF. 1968-2008

Le livre d'Antoinette Fouque a suscité de nombreux débats chez les historiennes du féminisme, autour de la naissance du MLF, qu'Antoinette Fouque place en 1968, alors que l'historiographie féministe la situe plutôt en 1970. Loin de moi, qui ne suis pas spécialiste des gender studies, l'idée de trancher cette question. Je me bornerai à renvoyer vers quelques interventions : celle de Caroline Fourest, dans Le Monde du 10 octobre 2008 ; la réponse d'Antoinette Fouque elle-même dans Le Monde du 13 décembre ; enfin l'interview de Michelle Perrot dans Le Figaro du 10 octobre. Je me permettrai d'ajouter que si la majorité des historiennes du féminisme s'accorde à penser que l'appropriation du MLF par Antoinette Fouque est un peu abusive, c'est aussi ce qui ressort de la lecture du livre : très peu de témoignages sont consacrés à l'avant-1970, alors que nombreux et bien plus éclairants sont ceux qui font suite à la manifestation du 9 août 1970. De même pour les documents relatifs aux années 1968-1970 qui se présentent d'un seul bloc, tandis que les autres documents sont organisés par année. L'argument de l'opposition naissance-baptême évoqué par Antoinette Fouque me paraît pour le moins sujet à critique.

Pour ce qui est de l'ouvrage lui-même, son contenu est assez inégal : quelques témoignages un peu redondants, certains très psychanalytiques, d'autres beaucoup plus encrés dans les événements. On trouve de nombreuses informations sur les mouvements féministes de la génération post-soixant-huitarde, présentés ici dans toute leur diversité, sur des actions féministes importantes telle la création des Editions des femmes. Mais la lecture en reste frustrante car un certain nombre de ces témoignages sont sous-exploités. On peut aussi regretter que le livre tourne parfois à l'apologie d'Antoinette Fouque. Il est étoffé, dans les deux parties suivantes, de documents d'archives de l'époque : photographies, dont on pourra regretter la relative médiocrité des reproductions, mais surtout un corpus de documents riches, variés, éclairants. Articles, tracts, publicités, affiches, hymne du MLF, oeuvres d'art... cette dernière partie se caractérise par la qualité de la présentation de ces documents d'époque, ce qui est assez rare pour être souligné.

Au final, ce livre, qui a suscité bien des polémiques, ne réussit pas à convaincre sur l'une de ses thèses majeures - la naissance du MLF en 1968 - et ne sait parfois éviter l'écueil des longueurs dans l'exercice du témoignage. Je suis sortie de cette lecture quelque peu frustrée, sentiment que n'a pas réusi à faire taire la partie, réussie, consacrée à l'édition de documents.

"livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique"

 

27.01.2009

Réflexe de latiniste

Suite à une question que l'on m'a posée aujourd'hui, je me dis qu'il n'est peut-être pas inutile de le rappeler : le fameux Gaffiot, dictionnaire latin-français, est disponible en ligne

Avis à tous mes petits camarades de prépa qui se sont donné du mal à apprendre leurs mots latins par coeur : on a perdu notre temps :-)

22.11.2008

BookBrunch

Spotted on Livres Hebdo :

l'ouverture en octobre du site anglo-saxon BookBrunch, publiant des articles sur le monde du livre.

On peut y lire sur tout un tas de passionnants sujets : les livres bien sûr, mais aussi le monde de l'édition, le numérique, une rubrique enfants ainsi qu'une rubrique International. J'ai ainsi appris que la Booksellers Association avait peur du monopole Google. De même que l'European Booksellers Federation d'ailleurs. Brrr, de quoi faire faire des cauchemars...

Bref, des tas d'articles intéressants, notamment sur le blog du site. Tout ceci pour le moment accessible à tous. Mais qui devrait être payant à partir de 2009.

12.09.2008

Des bibliothécaires dans des livres

Nous autres bibliothécaires devons véhiculer une drôle d'image pour être ainsi représentés dans les Livres.

Deux exemples : le bibliothécaire de l'Université de l'Invisible effraie ses lecteurs égarés en s'exprimant par des "Ook" et en jouant les gros bras. Normal, c'est un orang-outan.

Le Chat, anciennement du Cheshire, a laissé tomber le pays des Merveilles pour se reconvertir en conservateur de Grande Bibliothèque.

Merci à Terry Pratchett et Jasper Fforde pour ces divertissantes lectures.

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10.08.2008

Grosse pomme

Je reviens d'une petite ville paisible - sauf pendant les fêtes - où les autochtones ont longuement fait l'éloge de leur savoir-vivre. Me demandant moult fois comment je fais pour vivre à Paris. A cela une réponse : ça fait longtemps que j'ai oublié de me poser la question. 

Pourtant dans le train, une BD achetée pour le trajet m'a mise en face de ce que j'aime dans les grosses villes, de ce que je n'aime pas aussi, mais qui fait toute leur humanité. La musique incessante de la ville, faite du bruit des pots d'échappement, des conversations omniprésentes de L'AUTRE, des ronrons des moteurs, des talons qui frappent le bitume..., ses immeubles, son métro, ses fenêtres, comme des saynètes de la vie quotidienne, ses bouches d'égout ou d'incendie, ses habitants si nombreux et pourtant si isolés... Will Eisner a un talent certain pour croquer des portraits sur le vif, et nous renvoyer face à tout ce qui fait la vie quotidienne d'une grande ville, dans sa beauté comme dans sa cruauté.

 

"L'essence même de la ville se trouve dans les crevasses de son sol, et dans les recoins de son architecture, là où le quotidien s'insinue... Le fait que j'ai grandi à New York m'a amené à connaître son architecture et son mobilier urbain. Mais j'ai pu découvrir de nombreuses autres grandes villes, et ce que je propose ici vaut, à mon sens, pour toutes ces cités."

Will Eisner, New York Trilogie, t. 1, La ville

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07.07.2008

Un lieu incertain

Incertains : tels sont les imaginaires dans lesquels nous entraîne Fred Vargas au fil de ses romans, sur la trace d'un commissaire Adamsberg totalement hors norme. Avec toujours une écriture proche du surréalisme. Tout commence par le titre, la porte d'entrée d'un roman, et ceux de Vargas sont des portails qui nous invitent à la suivre dans ses histoires torturées. A résoudre le mystère qu'ils étalent.
Son roman 2008 est encore une réussite. Ne serait-ce que par son début londonien, qui nous plonge avec délectation dans l'univers gothique du XIXe siècle. Et qui nous donne son lot de personnages hauts en couleur, parmi lesquels Stock et Abstract. Car un des points forts de Vargas est de toujours trouver à ses personnages des surnoms, ou des traits de caractère, qui nous suivent bien après que nous avons refermé le roman. Dans l'attente du suivant.

Avec un regret toutefois : pas d'apparition cette fois de mes trois évangélistes, auxquels je voue une affection particulière, sûrement parce qu'ils étaient les héros de mon premier Vargas.

08.06.2008

Le syndrôme de l'après

Lorsque je sors d'un livre qui m'a passionné, dans lequel j'ai vécu durant quelques jours, je mets un certain temps à réussir à me plonger dans une autre histoire. Alors je papillonne, je vais butiner dans un premier livre, feuilleter les premières pages d'un second, me perdre dans les méandres d'un roman déjà lu et connu par coeur, recontrer Darcy à la sortie de chez les Collins après sa demande rejetée, puis revenir au premier livre, chercher à me concentrer pour connaître la fin de ces histoires qui m'intriguent mais que je n'arrive pas à poursuivre.
Très souvent, ces romans commencés au crépuscule d'un autre vont rejoindre mon cimetière de livres hanté par les épaves de ces fictions uniquement appréhendées que je n'ai achevées que dans mon imagination.

02.06.2008

Orhan Pamuk

J'avais lu, émerveillée, il y a cinq ans, Mon nom est rouge. Bien plus que l'intrigue policière, c'est le milieu de l'enluminure orientale au XVIe siècle qui m'avait passionnée, et la bataille entre traditionnalistes et partisans de la manière italienne. Or, je me suis rendue compte il y a peu que son auteur, Orhan Pamuk, ne faisait pas l'unanimité. Bien au contraire.
Je viens d'achever Neige, acheté sur les conseils de Liber, Libri. Et parlant de cette lecture autour de moi, je me suis aperçue que beaucoup de gens n'avaient pas réussi à finir les romans qu'ils avaient commencé (que ce soit Mon nom est rouge, Neige, Istanbul ou La vie nouvelle). D'autres au contraire s'enthousiasmaient sur les lectures qu'ils avaient faites. Entre ces deux extrêmes, point de milieu. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cet auteur ne laisse pas indifférent. Ce que je puis comprendre, ses romans étant assez contemplatifs, engagés, et plutôt épais. Pourtant, je ne peux m'empêcher de me laisser prendre aux univers qu'il anime.
C'est donc décidé, je me lance à nouveau. Cette fois, ce sera La vie nouvelle.

31.05.2008

De la véracité de l'écrit

"Si vous me mettez dans un roman qui se passe à Kars, je souhaiterais dire au lecteur de ne rien croire de ce que vous écrivez à mon ou à notre sujet. Personne ne peut nous comprendre de loin."
Orhan Pamuk, Neige.

24.05.2008

La maison aux orties

Lorsque je pars en voyage, j'aime à me constituer une petite bibliothèque d'auteurs dépaysants et que je ne connais pas ou peu. Quoi de mieux, dans ce cas, d'aller piocher dans le catalogue de la collection Babel, qui offre un large panel d'auteurs de tous horizons, et qui de plus est l'une des plus agréables de l'édition française contemporaine ?
Or donc, pour ce voyage, ce fut Vénus Khoury-Ghata. D'origine libanaise. Je l'ai suivie dans sa Maison aux orties, peuplée du fantôme de sa mère, mais aussi de celui de son mari, qui au fil des pages lui font évoquer sa vie et l'inspiration littéraire. L'absence y devient présence, car bien plus que les vivants ce sont les morts qui peuplent ce livre au ton poétique.

Vénus Khoury-Ghata, La Maison aux orties, Paris : Actes Sud, 2006 (2008 pour le dépôt légal de l'édition de poche).

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