13.11.2008
Table ronde : Outils numériques et fonds anciens
J'assistais aujourd'hui à une table ronde organisée par l'Ecole nationale des chartes, Outils numériques et fonds anciens :questions de méthode. Cette problématique m'intéresse particulièrement puisque c'est l'un des problèmes auxquels je suis confrontée dans ma vie professionnelle quotidienne : quels outils, quelles coopérations mettre en oeuvre pour offrir aux chercheurs intéressés par les fonds anciens un outil qu'ils puissent s'approprier ? C'est donc avec intérêt que j'ai écouté les différentes interventions, et que je vous livre mes notes (sous forme de livraisons, je ne voudrais pas être trop indigeste) sur cette journée dont les textes devraient sous peu être mis en ligne sur le site de l'Ecole. Je m'excuse d'avance de certaines approximations dues parfois à un manque d'attention, ou bien à la volonté d'être synthétique dans la reprise de ces notes. Mais ce pourra être justement l'occasion de réagir et d'approfondir certains sujets.
(Vous trouverez entre parenthèses et en italique les réflexions que j'ai pu me faire durant les interventions)
Introduction, par Isabelle Diu (Ecole nationale des chartes) et Violaine Giacomotto-Charra (Université de Bordeaux 3)
L'idée de cette journée est née d'une expérience et d'un constat, autour du projet de recherche interuniversitaire sur le livre scientifique : réflexion sur la notion de livre scientifique et ce qui le définit. L'idée première était de pouvoir exploiter des sources pour la recherche, or ces livres font rarement l'objet d'une édition critique contemporaine. Or, il faut créer pour les chercheurs un accès à ces sources, sous forme numérique. A cette occasion, le constat a été fait que les problématiques des universitaires et des professionnels des bibliothèques étaient quelque peu divergentes. D'un côté, nous sommes dans une logique de "service maximum" (chercheurs) ; de l'autre, la logique prédominante est celle des collections et de leur mise en valeur (bibliothécaires).
Le travail de réflexion autour du livre scientifique se double de la constitution d'une bibliothèque numérique sur le livre d'astronomie. Or, il est intéressant de s'interroger sur la façon dont on peut imaginer de nouvelles structures de bibliothèques numériques. Des questions se posent : que numériser ? Comment organiser une bibliothèques numérique ? ...
1. Laurent Pinon, ENS Ulm : Constitution d'une bibliographie des livres scientifiques imprimés à Rome de 1527 à 1720
Le projet scientifique de cette bibliographie est de recenser toutes les publications sicentifiques publiées à Rome sur une période de deux siècles, et la possibilité d'ouvrir ainsi un nouvel axe de recherche sur les rapports entre l'église catholique et le monde scientifique. La bibliographie recense à l'heure actuelle environ 1300 éditions. Laurent Pinon est parti d'instruments de recherche existants, papier et informatiques, pour la constitution d'un instrument nouveau. Son enquête a commencé il y a environ 7 ans, ce qui pose un premier problème car depuis, les instruments ont changé, ce qui inclut de la part d'une personne travaillant sur une base de données bibliographique un travail de veille important. Un premier travail de repérage sur les catalogues permettant l'interrogation par lieu d'édition a été fait : catalogue de la British Library, Wellcome Institute, portail italien Internet Culturale, en complémentarité avec certains instruments papier. Un premier corpus d'auteurs et d'oeuvres ainsi constitué a permis de rebondir dans les recherches vers d'autres catalogues. Une fois les éditions identifiées, il a ensuite mené un travail de repérage des exemplaires accessibles aux chercheurs, notamment par le biais des métacatalogues.
Une fois le corpus constitué, il a fallu faire des choix quant aux champs décrits dans les notices, établir une liste de sujets fonctionnelle, et une rubrique de notes qui à l'heure actuelle pourrait être beaucoup plus structurée, tout ceci étant des questions de structure propres à la visée des isntruments de recherche. La base de données, alimentée sous le logiciel File Maker, est exportée deux fois par an et mise ainsi en ligne à disposition d'un public. Lequel ? C'est sans aucun doute un instrument confidentiel car très spécialisé, mais il n'y a à l'heure actuelle pas de comptabilisation des usagers de cet outil. Un travail important en tout cas reste à faire sur sa diffusion.
Plusieurs perspectives de développement : il faudrait séparer la base des auteurs de celle des fiches bibliographiques pour avoir une base de données parallèle des auteurs, facilitant à la fois recherche et saisie. A cette occasion, le problème de la validation et de l'uniformisation internationale des notices d'autorités est posée. Une autre perspective de développement se trouve dans l'ajout de références bibliographiques, qui ne sont à l'heure actuelle pas présentes ; enfin, il faudrait également créer des liens vers des exemplaires numérisés des éditions. Enfin, comment élargir cette base ? La fusionner avec des bases équivalentes ? Or, si l'on fusionne plusieurs bases, n'est-on pas réduit à des sortes de minima ? Enfin, la qestion se pose d'une collaboration avec les bibliothèques pour associer aux notices de leurs catalogues des liens vers cette base de données bibliographique.
2. Jacqueline VONS (Tours, CESR) : base DIONIS et constitution d'une base de données sur "La médecine à la cour de France"
Cette base de données n'a pas du tout la même histoire : elle a été "bricolée" (sic) à partir d'exemplaires trouvés à Tours, qu'il fallait tout simplement signaler et sauvegarder (envrion 25 ml, soit 250 à 300 exemplaires). Ce projet qui date du début du siècle (déjà !) était à l'origine une base d'images sur les livres médicaux. Le travail a été fait avec Excel, à partir de champs minimaux. Il existe à l'heure actuelle un descriptif plus complet des livres sous un format Word ; la question est posée de savoir comment récupérer ces données sous forme numérique (encodage ?)
En même temps, une autre base de données est en cours de constitution sur le site Cour de France ; il s'agit d'une base de publication en ligne de textes relatifs à la cour de France, en commençant par des rapports d'autopsie (un exemple là) ; l'idée est de mettre à disposition des chercheurs une transcription et le cas échéant une traduction de ces textes techniques, accompagnées d'une base de données biographique sur le monde médical à la cour de France. Les bases de données bibliographiques posent le problème des datations : comment retenir, entre deux dates, laquelle va faire autorité dans notre base ? Scientifiquement, le mieux serait que les deux figurent, mais est-ce lisible pour un chercheur ? Il est prévu, pour enrichir ces notices, une "case" observations/remarques/dialogue.
3. Consolacion BARANDA (Université de Madrid) : la Biblioteca digital de dialogo hispanico
LA BDDH a pour vocation de localiser des textes, mais aussi d'en faire une étude philologique. Elle s'appuie sur un instrument existant, qu'elle souhaiterait compléter et améliorer. Elle faciliterait la recherche dans différents domaines tels la philologie, la médecine, la philosophie. La disponibilité des textes est fondamentale. Elle est conçue comme une base relationnelle, mais aussi comme un outil collaboratif où l'usager pourrait proposer des améliorations de notices. Afin que le chercheur puisse citer la base de données, un code unique est donné à chaque notice, ainsi que des informations sur leur modification et leur actualisation.
Réfléxions sur les différentes interventions : le problème des liens et des interactions entre les bibliographies et les catalogues est abordé : comment faire pour faire profiter aux catalogues de bibliothèques des compléments d'informations que l'on peut trouver dans des bases de de données purement bibliographiques ? Il faudrait essayer de croiser toutes les ressources disponibles. Or, nous nous trouvons face à des tensions entre le respect d'un certain nombre de normes, et la nécessité pour les bibliographes d'avoir une grande liberté dans le choix des champs et la possibilité de les modifier. En bibliothèque, il existe de nouveaux formats sur lesquels on réfléchit afon d'augmenter la souplesse des données (FRBR). La question de la souplesse des métadonnées se pose, qui recoupe également la question des publics visés : lorsque nous visons plusieurs niveaux de publics, il faut pouvoir multiplier les formes sous lesquelles nous présentons les instruments de recherche ; cette question recoupe également le problème de la conception de l'interface, qui ne sera pas la même pour un large public ou pour un public très spécialisé. Enfin, la question d'un feuilletage "type instrument papier" se pose ; il est objecté que ce peut être un souhait de la part d'un bibliographe que l'on ne puisse pas visualiser toutes les notices de la bibliographie, afin de ne pas être pillé. (Je pense que si la notice mentionne une propriété intellectuelle, le problème ne se pose pas ; ainsi, c'est l'ABES qui est propriétaire des notices SUDOC. Mais peut-être ces deux exemples sont-ils différents, je ne suis pas spécialiste du droit et si quelqu'un pouvait m'éclairer un peu plus sur la question, j'en serais ravie).
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